Église. Sa démission refusée, le cardinal Barbarin se met en retrait

Sur DAKARAMA SN

Le pape n’a pas accepté la démission du cardinal Barbarin « invoquant la présomption d’innocence ». Le plus haut dignitaire catholique français a toutefois annoncé qu’il se mettait en retrait. Le président de la Conférence des évêques s’est dit « étonné » de la situation « inédite ».

Le pape François a refusé la démission du cardinal Barbarin. « En invoquant la présomption d’innocence, il n’a pas voulu accepter cette démission », a indiqué l’archevêque de Lyon dans un communiqué publié ce mardi.

« Il m’a laissé la liberté de prendre la décision qui me paraît la meilleure pour la vie du diocèse de Lyon, aujourd’hui », explique-t-il avant de déclarer se « mettre en retrait pour quelque temps et de laisser la conduite du diocèse au vicaire général modérateur, le père Yves Baumgarten ».

« Je pense qu’il est bon qu’une page soit tournée »

Cette décision, précise-t-il, a été prise sur « suggestion » du pape « et parce que l’Église de Lyon souffre » depuis qu’a éclaté voici trois ans le scandale de pédophilie du diocèse de Lyon. « Après ce jugement, cette condamnation, et même s’il n’y avait pas eu de condamnation, je pense qu’il est bon qu’une page soit tournée », a ensuite déclaré le prélat dans un entretien à la chaîne de télévision catholique KTO.

Mais, interrogé sur la durée de cette prise de distance, il a répondu : « Je n’en sais rien, ça dépend si le procès en appel est très long ou ne dure que quelques mois ».

« Je ne m’attendais pas à ce scénario »

Le pape François avait reçu lundi matin au Vatican le cardinal Philippe Barbarin, plus haut dignitaire catholique français, venu lui présenter sa démission après sa condamnation à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation des abus sexuels d’un prêtre.

Le président de la Conférence des évêques, Mgr Georges Pontier, s’est dit « étonné » de la situation « inédite » concernant le cardinal Barbarin. « Je suis étonné, je ne m’attendais pas à ce scénario qui est intermédiaire entre les deux scénarios prévisibles », à savoir l’acceptation de sa démission par le pape ou son refus, a-t-il affirmé à l’AFP, soulignant que cette situation « inédite » résultait du « conflit entre deux exigences », celle de « respecter le cheminement de la justice » et celle de « se préoccuper du bien du diocèse de Lyon ».

« L’erreur de trop »

À la question de savoir s’il aurait préféré que le pape accepte la démission du Primat des Gaules, Mgr Pontier a répondu : « Je n’ai pas à me situer face au positionnement du pape. Je prends acte de cette décision. Accepter (la démission) ne lui a pas paru opportun, vu que le procès civil n’est pas terminé. Il n’a pas voulu lui-même paraître condamner le cardinal alors que la justice n’a pas encore tranché ».

François Devaux, cofondateur de l’association La Parole libérée à l’origine du procès Barbarin, juge ce nouveau soutien papal comme « l’erreur de trop ». « Je crois que cet homme-là (le Pape) va réussir à tuer l’Eglise (…) Cela montre à quel point on a raison et que le problème est intrinsèque au dogme », a-t-il déclaré à l’AFP.

Archevêque de Lyon depuis 2002, cardinal depuis 2003, primat des Gaules (titre honorifique conféré à l’archevêque de Lyon depuis le XIe siècle), Mgr Philippe Barbarin est considéré comme le plus haut dignitaire de l’Église de France. Mgr Barbarin, 68 ans, un âge prématuré dans l’Église pour démissionner de son poste, a été condamné le 7 mars à six mois de prison avec sursis pour ses silences sur les agressions pédophiles imputées par des scouts au père Bernard Preynat dans les années 1980/1990 et dont il avait été informé par une victime en 2014.

Démission du cardinal américain Donald Wuerl en octobre

Le cardinal a martelé durant le procès n’avoir « jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles ». Mais le jugement l’accuse d’avoir choisi de ne rien dire aux autorités françaises « pour préserver l’institution » de l’Église, empêchant ainsi « la découverte de très nombreuses victimes d’abus sexuels par la justice ». Si Mgr Barbarin souhaite démissionner pour apaiser son diocèse, où sa présence est désormais difficilement tenable, il a fait en revanche appel de sa condamnation.

En octobre, le pape François a accepté avec réticence, et après trois semaines de réflexion, la démission du cardinal américain Donald Wuerl, archevêque de Washington soupçonné par un jury populaire d’avoir étouffé un vaste scandale d’agressions sexuelles en Pennsylvanie (nord-est des États-Unis). Le prélat américain de 77 ans, qui clame avoir agi « dans l’intérêt des victimes » et a été loué par le pape, n’était pas sous le coup d’une condamnation comme le cardinal français.

Demande de la levée de l’immunité diplomatique du nonce apostolique

L’affaire Barbarin tombe à un moment délicat des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège. Le parquet de Paris vient de demander la levée de l’immunité diplomatique du nonce apostolique (ambassadeur du Saint-Siège) en France, Mgr Luigi Ventura, pour l’auditionner dans une enquête pour « agressions sexuelles ». Le ministère français des Affaires étrangères devra décider de relayer ou non cette demande auprès du Vatican. La justice a enregistré une quatrième plainte, s’ajoutant à celles déposées par trois hommes qui reprochent à l’évêque de 74 ans des mains aux fesses appuyées.

Début mars, la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau avait dit attendre du Vatican qu’il prenne ses « responsabilités ». Pour compliquer la donne, la France n’a toujours pas proposé un remplaçant à son ambassadeur auprès du Saint-Siège, parti à la retraite voici huit mois et demi, même si l’intérim est assuré par son chargé d’affaires Yves Teyssier d’Orfeuil.

 

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